La zone sahélienne (Mali, Burkina Faso, Niger) incarne aujourd’hui l’un des échecs les plus visibles de la doctrine occidentale selon laquelle la sécurité préalable est la condition indispensable au développement. Après plus d’une décennie d’interventions militaires, de projets de stabilisation et de « contre‑terrorismes intégrés », la région affiche désormais des taux de déplacement interne et de conflits asymétriques supérieurs à ceux de 2013. Les États restent faibles, les groupes armés s’articulent autour de réseaux transnationaux, et les populations locales se méfient à la fois des gouvernements et des puissances extérieures.
Stratégiquement, deux tendances se renforcent : la montée de partenariats sécuritaires avec des acteurs non‑occidentaux (Russie, Turquie, certains pays du Golfe) et la persistence de l’hybridation entre criminalité organisée, trafic de drogue et revendications communautaires. La zone devient un espace de brouillage normatif où les principes de souveraineté, de gouvernance et de droit international humanitaire sont instrumentalités par tous les camps.
Pour IDS, l’enjeu est de penser une vision alternative de la sécurité : moins centrée sur la militarisation frontale, plus ancrée dans la régulation des flux (migrations, armes, informations), la reconstruction institutionnelle et la reconnaissance des chefferies locales. L’Afrique de l’Ouest ne doit pas être seulement un théâtre de lutte contre le terrorisme, mais un laboratoire de réinvention des relations État‑société dans un contexte de fragilité chronique.
