L’Europe traverse une mutation profonde de sa conception de la sécurité. Là où l’Union européenne s’est longtemps présentée comme un projet de désarmement progressif et de suppression des frontières, elle se réoriente désormais vers une logique de « forte Europe », marquée par le renforcement des capacités militaires, le contrôle des flux migratoires et l’extension des frontières de sécurité au‑delà de ses frontières géographiques.
La guerre en Ukraine, la montée des tensions en Méditerranée orientale et la crise migratoire ont changé le paradigme : on ne parle plus seulement de « défense commune », mais de résilience stratégique et de dissuasion multi‑domaines (cyber, informationnel, spatial). Les États‑membres investissent massivement dans leurs armées, tout en développant des outils de surveillance transfrontalière et de contrôle des réfugiés.
Cette évolution pose une question centrale : l’Europe peut‑elle se transformer en puissance militaire crédible sans reconstruire un projet politique et normatif à sa hauteur ? La réponse passe par une réflexion sur la place de l’Europe dans un ordre mondial multipolaire : rôle de puissance‑intermédiaire, équilibre entre solidarité et souveraineté nationale, capacité à projeter une normativité fondée sur le droit plutôt que sur la force.
